Une nouvelle éthique du voyage

C’est en Italie que nous découvrons une nouvelle forme de collaboration entre opérateurs touristiques et populations locales, sans folklore, mais sur la base d’un véritable échange. Renzo Garrone nous offre sa vision du tourisme – et des voyages scolaires – entre rencontre et compréhension mutuelle.

Comment peut-on définir le tourisme responsable?
Selon l’AITR, «c'est un tourisme qui suit des principes d’équité sociale et économique, et qui respecte la nature, l’environnement, ainsi que les différentes cultures. Il reconnaît la valeur fondamentale de la communauté d’accueil locale, ainsi que son droit à exercer un rôle déterminant dans le développement d’un tourisme durable et socialement responsable sur son territoire. Il favorise une interaction positive entre l’industrie du tourisme, les communautés locales et les voyageurs.» Ma définition se résume en «une nouvelle éthique du voyage basée sur une médiation culturelle adéquate». Dans la définition officielle comme dans tous les concepts de durabilité, il manque cette dimension de la rencontre, qui est tout sauf évidente. Il s’agit toutefois de la valoriser.

Décririez-vous une course d’école ou un voyage d’étude comme du tourisme?
Oui. Dans la mesure où le tourisme est considéré comme un plaisir, alors le tourisme responsable est un plaisir réfléchi. Autrement dit, une course d’école s’apparente au tourisme si la distraction s’accompagne d’une part d’approfondissement. Durant une sortie, les enfants et les jeunes ont envie de se balader et de s’amuser. Notre rôle consiste à organiser, en plus, un échange avec des habitants du lieu. Ces visites, bien préparées et structurées, nécessitent – sur un temps limité – la participation et la concentration des élèves.
 
Quels sont les critères pour un tourisme scolaire responsable?
Un voyage scolaire qui se vit en commun doit aussi se préparer en commun. Avant le départ, corps enseignant et élèves s’intéressent aux contextes historique, géographique et culturel de la région. Ils fixent ensemble les objectifs et déterminent ce qu’ils pourront approfondir sur place. Au bord de la mer, ils pourront par exemple découvrir la signification de l’adjectif «méditerranéen» par l’observation du climat, de la flore sauvage, du type de plantations, du mode de vie des habitants, des coutumes locales, de l’économie et de sa transformation parle tourisme, etc.

Appliquer un tourisme responsable à l’école, quel intérêt?
Trop souvent, ce sont les enseignants qui préparent tout. Ce système devrait être repensé: pourquoi ne pas planifier le voyage avec les élèves? Dans le cas de nos séjours organisés, l’opérateur rencontre la classe durant au moins une demi-journée. Si cela n’est pas possible, nous convenons des contenus et objectifs avec l’enseignant, qui fera le lien avec sa classe. Préparer un voyage selon les principes du tourisme responsable est un investissement pour le futur: les élèves sont les touristes – ou les opérateurs touristiques – de demain.

Votre agence RAM Viaggi prévoit une offre pour les écoles. De quoi s’agit-il? Les écoles suisses peuvent-elles en bénéficier?
Nous proposons un voyage à Camogli, dans le parc régional de Portofino et offrons aux classe un mix composé d’excursions en plein air et de rencontres locales. Par exemple, les élèves expérimentent la navigation en mer, par le biais d’une association qui s’occupe également de traditions locales. Puis ils découvrent le quotidien d’une coopérative agricole impliquée dans le tourisme. Cette proposition prévoit enfin des itinéraires à pied jusqu’à l’Abbaye de San Fruttuoso avec un retour en bateau, puis une «focaccia» typique. Bien sûr, nous pouvons accueillir des classes de Suisse, pour un programme d’une ou plusieurs journées, avec hébergement dans un monastère.

Quels conseils donneriez-vous à une direction d’établissement qui souhaiterait promouvoir des voyages scolaires sensés?
Je lui conseillerais d’en confier la préparation à chaque enseignant, accompagné de l’ensemble de sa classe. Pour cela, elle doit leur mettre à disposition le temps nécessaire. En outre, je lui conseillerais de demander aux familles d’investir un peu plus dans ce type de voyage. Payer 25 euros pour quelque chose qui a du sens est plus important que payer 500 euros pour un smartphone!

Renzo Garrone

Membre fondateur de l'Association Italienne pour le Tourisme Responsable (AITR), directeur et guide de RAM Viaggi, ainsi que auteur de differents ouvrages (manuel et guide de voyage).

Interview

Ventuno 1 | 2016 Tourisme
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Version complète en italien
à écouter (24'26")à lire (PDF)

Liens

www.voyageons-autrement.com
Tourisme durable (FST)
Tourisme et développement durable (ARE) 
La carta del turismo responsabile
Formare i turisti di domani
 
 

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