3 questions, 3 réponses avec Angelika Hayer
21.08.2026
« Les enseignant.e.s ne doivent pas prétendre savoir ce qui est juste ou faux. »
L’alimentation fait partie du quotidien ; elle relie les questions de santé à l’environnement, à l’économie et à la société. Angelika Hayer, de la Société Suisse de Nutrition (SSN), explique comment les enseignant.e.s peuvent aborder ces liens en classe sans donner de leçons de morale, et comment l’alimentation peut s’inscrire dans une culture scolaire vécue au-delà de la salle de classe.
Pourquoi le thème de l’alimentation se prête-t-il particulièrement bien à la mise en évidence des liens entre santé, environnement et société ?
L’alimentation nous concerne tous – et ce, chaque jour. Ce thème est donc particulièrement proche de notre quotidien et se prête idéalement à la mise en évidence des liens entre santé, environnement et société. Plusieurs fois par jour, nous prenons des décisions liées à l’alimentation : lors des courses, lors de la préparation des repas à la maison ou lors du choix d’un menu à l’extérieur. Certaines décisions sont prises en toute conscience, d’autres plutôt spontanément ou par habitude. Les aliments que nous choisissons et ce que nous mangeons exercent une influence sur de nombreux domaines : notre santé, le climat, le bien-être animal, l’économie, la justice sociale et bien d’autres encore. Le thème de l’alimentation offre ainsi l’occasion de rendre compréhensibles ces liens multiples et complexes et de donner aux élèves les moyens de prendre des décisions éclairées lors de leurs achats et de leurs repas. Cela permet de relier directement les connaissances théoriques à des actions concrètes au quotidien.
Ce thème est d’autant plus adapté qu’il peut être abordé à tous les niveaux scolaires, en l’adaptant à l’âge des élèves. Dès le cycle 1, on peut, lors de la préparation d’un goûter, discuter de la saisonnalité des fruits, de leur provenance et de la manière de valoriser les restes pour éviter le gaspillage alimentaire. Le matériel pédagogique consacré au disque alimentaire et le dossier thématique sur l’alimentation fournissent des pistes pour l’enseignement.
En matière d’alimentation, on en vient vite à opposer le bien et le mal, le sain et le malsain, le durable et le non durable. Comment les enseignant.e.s peuvent-ils aborder l’alimentation sans moraliser, tout en prenant au sérieux les questions liées à la santé, aux ressources et à la responsabilité ?
Les enseignant.e.s n’ont pas à dicter ce qui est « bien » ou « mal ». Ils peuvent plutôt aider les élèves à identifier les liens, à prendre en compte différentes perspectives, à peser le pour et le contre des options d’action et à prendre des décisions éclairées. Au lieu de classer les aliments de manière générale comme sains, malsains, durables ou non durables, il est utile de poser des questions ouvertes : quels facteurs influencent nos choix alimentaires ? Quelles sont les répercussions de ces choix ? Pourquoi les habitudes alimentaires varient-elles d’une culture à l’autre ? La complexité du sujet apparaît alors rapidement. D’innombrables facteurs influencent nos choix (par exemple, le goût, le prix, les habitudes, la culture, la situation sociale, les attitudes et les valeurs) et notre comportement a des répercussions multiples sur nous-mêmes et sur notre environnement. Les conséquences ne sont pas toujours clairement positives ou négatives. C’est pourquoi il est passionnant de discuter avec les élèves des domaines où les objectifs sanitaires, écologiques, sociaux et économiques se complètent, et de ceux où des conflits d’objectifs existent. Sur cette base, ils peuvent identifier leurs propres possibilités d’action et prendre des décisions en toute connaissance de cause.
Que peuvent faire concrètement les écoles pour que l’alimentation soit envisagée de manière plus globale, en tant que partie intégrante de la culture scolaire et dans l’esprit de l’EDD, et ne soit pas seulement un sujet abordé de temps à autre ?
Les écoles peuvent ancrer l’alimentation de manière globale, non seulement en abordant le sujet de manière ponctuelle en cours, mais aussi en le rendant visible et tangible dans le quotidien scolaire. Cela implique d’aborder l’alimentation dans différentes matières et différents projets. Les approches axées sur l’action, telles que la cuisine, la dégustation, les potagers scolaires, le kiosque de la récréation, les visites à la ferme, ainsi que les actions et projets abordant différents aspects de l’alimentation, par exemple la santé, le gaspillage alimentaire et la justice sociale, s’avèrent particulièrement efficaces. Ainsi, l’alimentation n’est pas abordée de manière abstraite, mais associée à des expériences concrètes. Les offres existantes, telles que celles de fit-4-future, GORILLA et de la « GemüseAckerdemie », ainsi que les suggestions pédagogiques de la SSN, apportent un soutien précieux.
La restauration scolaire joue un rôle central. Si les recommandations en matière d’alimentation équilibrée et durable sont prises en compte dans la restauration des structures d’accueil de jour et au kiosque de la récréation, l’école gagne en crédibilité. Elle ne se contente pas de parler d’alimentation, mais montre l’exemple. Les élèves découvrent ainsi de manière très concrète comment l’alimentation durable s’intègre au quotidien et, surtout, qu’elle est savoureuse. Cette expérience peut à son tour avoir une influence positive sur les habitudes alimentaires des élèves en dehors de l’école. Des guides sur la restauration scolaire sont disponibles à cette adresse.
