Le jeu : moteur d’avenir
20.01.2026
(Traduction de la contribution au blog allemand de la CDIP, janvier 2026)
L'école évolue dans un environnement complexe et incertain. Elle doit en même temps préparer les élèves à y faire face. Cette tâche est difficile, d'autant plus que l'on continue à récompenser davantage les bonnes réponses que les compétences opérationnelles. Le jeu ouvre des espaces de possibilités dans lesquels les élèves peuvent affronter l'incertitude dans un cadre protégé, concevoir des processus et tester l'avenir. C'est pourquoi éducation21 met cette année l'accent sur le jeu en tant que méthode.
Pour beaucoup, le jeu et l'enseignement sont deux notions opposées. L'école est un lieu d'apprentissage et de travail, le jeu est réservé aux loisirs. Pourtant, le jeu, même chez les apprenant.e.s plus âgé.e.s, représente un processus d'apprentissage très complexe. Il relie les dimensions cognitives, sociales, émotionnelles et physiques d'un individu. Ce qui est expérimenté dans le jeu est certes fictif, mais pas abstrait. De véritables questions de valeurs se posent, de réels conflits d'objectifs apparaissent. Dans le contexte de l'éducation en vue d’un développement durable (EDD), qui combine la pensée, les sentiments et l'action, nous ne devons pas sous-estimer cette opportunité d'apprentissage.
S'entraîner pour la réalité en jouant
Notre société est confrontée à des changements profonds dus au changement climatique, à la numérisation, à l'utilisation de l'IA, aux migrations ou à la transformation du travail et de l'économie. Ces processus sont complexes, dynamiques et marqués par l'incertitude. Ils exigent des arbitrages, des changements de perspective et une action responsable dans des conditions ouvertes. Or, dans de nombreux endroits, l'école est encore fortement axée sur la stabilité et le contrôle : les connaissances sont fragmentées en matières, l'apprentissage vise à trouver les bonnes réponses et à reproduire les connaissances existantes. Mais les changements sociaux exigent davantage : les connaissances s'élargissent, les décisions sont marquées par des conflits d'objectifs, il existe plusieurs points de vue légitimes et il est nécessaire d'agir, même si les conséquences sont souvent incertaines. L'école doit donner aux jeunes les moyens de développer des stratégies pour rester capables d'agir dans de telles situations.
Le jeu mobilise
C'est là qu'intervient l'EDD, et le jeu s'avère être une méthode particulièrement appropriée. Il offre un « espace de possibilités » qui permet de simuler des systèmes complexes, de supporter des conflits d'objectifs et d'essayer des alternatives. Les élèves découvrent que leur environnement et leur avenir peuvent être façonnés. Ils peuvent acquérir, en dehors des concepts normatifs, des compétences telles que la capacité d'agir, le changement de perspective, la capacité de compromis et d'adaptation. Dans des simulations, des jeux de rôle ou des jeux de stratégie, les apprenant.e.s endossent des rôles issus de la politique, de l'économie ou de groupes d'intérêt. Ils négocient des revendications, font l'expérience des rapports de force et des dépendances et découvrent immédiatement les conséquences de leurs décisions. Le jeu entraîne ainsi la capacité d'agir : comment prendre des décisions dans l'incertitude ? Comment gérer des objectifs contradictoires ? Comment coopérer sous pression ? En lien avec l'EDD, le jeu en tant que méthode contribue à préparer les écoles pour l'avenir, les enseignant.e.s acquièrent une diversité didactique et les apprenant.e.s découvrent de nouvelles approches basées sur l'expérience pour aborder des thèmes complexes.
Des compétences pour la vie
Le jeu suscite des émotions : joie, excitation, ambition, parfois aussi frustration. Ces sentiments sont de puissants moteurs d'apprentissage : ils favorisent la motivation, ancrent mieux les connaissances acquises dans la mémoire et constituent un point de départ important pour la métacognition, en particulier la réflexion. Ainsi, le processus d'apprentissage va au-delà du jeu. Non seulement les résultats sont pédagogiquement significatifs, mais les compétences procédurales favorisent également l'apprentissage général et peuvent être utilisées pour l'évaluation des performances. Lorsque les élèves agissent, négocient, échouent, varient et combinent de nouvelles combinaisons dans le jeu, ils acquièrent des compétences essentielles pour la suite de leur formation, leur future vie professionnelle, mais aussi pour leur participation à la vie sociale.
éducation21 apporte son soutien
Il existe donc de nombreuses raisons de promouvoir le « jeu comme méthode » dans l'enseignement. – non pas comme une récompense après un « apprentissage sérieux », mais de manière didactique et ciblée. Afin de soutenir au mieux les enseignant.e.s dans cette démarche, éducation21 fait du « jeu » une priorité pour 2026. Nous développons du matériel pédagogique et d'accompagnement adapté à l'utilisation de cette méthode dans l'enseignement et orientons également nos grands événements vers ce thème.
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