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Faisons confiance à la créativité des enfants


Le 20 novembre 2019, la Convention des droits de l’enfant de l’ONU (CDE) aura 30 ans. Quels sont ces droits, comment ont-ils changé le regard porté sur les enfants, et comment peuvent-ils être abordés et vécus à l’école ? La revue ventuno a décidé de thématiser ces questions dans son dernier numéro et de donner la parole à Philip Jaffé, directeur du Centre interfacultaire en droits de l’enfant à |'Université de Genève et membre du Comité des droits de l’enfant à Genève. Il s’exprime notamment sur le chemin parcouru et celui qu’il reste à faire. Extraits.    

Depuis 1989, le statut de l’enfant a-t-il réellement changé ?
Oui, radicalement ! D'un point de vue juridique d’abord, mais aussi en termes de perception : l'enfant est devenu porteur de droits et non plus uniquement objet de protection. Beaucoup se sont rendus compte que pour que les enfants puissent participer à la société dans laquelle ils évoluent et progressivement accéder à l'âge adulte, il ne suffisait pas de compter sur la bienveillance des adultes : cela doit se traduire en allocations budgétaires, en structures juridiques et en institutions. 

L’école en fait-elle assez concernant les droits de l’enfant ?
L’équilibre n’est certes pas facile à trouver entre, d'une part faire en sorte que tous les élèves acquièrent le même niveau de connaissances, et d’autre part les amener à développer leur liberté de penser, leur créativité, leur esprit critique. Mais aujourd’hui le rôle de l’école ne doit plus se limiter aux seuls enfants. Elle est une institution de lien, un lieu de vie où le corps enseignant, les familles et la société participent à un débat d'idées, tout en y incluant les enfants. A l’école, les enfants apprennent le vivre ensemble, la non-discrimination, le respect de l'autre. Ils y expérimentent l'exercice d'un pouvoir évolutif : à mesure qu’ils se développent cognitivement, leur participation à la gestion des classes gagne en importance.

La participation à l’école, une manière de faire vivre les droits de l’enfant… De nombreux établissements y sont déjà sensibles, non ?
Bien sûr, les pédagogies évoluent et de plus en plus de directions et d’enseignants favorisent la participation de leurs élèves, sans forcément le formuler en termes de droits. J’ai l’impression de vivre actuellement une phase de transition, où les enfants eux-mêmes sont véritablement en train de changer. Ce changement vient aussi de la sphère familiale où l’enfant qui est respecté dans sa dignité, dans son intégrité physique, apprend par mimétisme ce respect de l’autre, cette sollicitude sociale. L’émergence d’une Greta Thunberg prouve qu’il est possible de donner libre cours à ses pensées, lorsque justement l'environnement familial et scolaire dans lequel l’enfant grandit le permet.
Pour moi, voir aujourd'hui les jeunes descendre dans la rue pour manifester en faveur du climat constitue l'aboutissement de ce droit de l'enfant à être entendu. Il s’agit là peut-être de la plus grande avancée de ces trente dernières années.

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